Stratégie de l'entreprise 

Prix de l'Entrepreneur de l'Année 2008

 

Franck Provost, Entrepreneur de l'Année 2008

Coiffeur planétaire, en trente ans, Franck Provost a hissé en 2008 son groupe au premier rang européen et au deuxième rang mondial.

Patricia Salentey | LEntreprise.com | Mis en ligne le 18/11/2008
 
 

Loin des réussites industrielles, tels les chantiers Bénéteau l’an dernier, ou des nouvelles technologies porteuses, l’Entrepreneur de l’année 2008 est un coiffeur. Mais pas n’importe lequel : le numéro un européen et le numéro deux mondial de la coiffure. L’irrésistible ascension de Franck Provost est spectaculaire : « C’est un parcours de rêve », commentet- il avec un plaisir évident. A 61 ans, il est à la tête d’un groupe qui avoisinera en 2008 le milliard d’euros de chiffre d’affaires sous enseignes.

Et d’ajouter : « Lorsque je regarde la mappemonde dans mon bureau, ça m’impressionne de penser qu’à tout moment quelqu’un se fait coiffer dans un de nos salons [2 400 répartis dans 30 pays, et 20 000 collaborateurs au total]. » Cette réussite entrepreneuriale exceptionnelle, Franck Provost avoue ne pas l’avoir imaginée lorsqu’il a débuté, il y a une trentaine d’années. Et, pendant longtemps, alors qu’il se battait contre des concurrents plus installés que lui, comme Jacques Dessange, Jean Louis David ou Jean- Claude Biguine, les « 3 J », personne ne pouvait prévoir qu’il les coifferait au poteau !

« J’ai démarré par hasard comme apprenti au Lude, une petite ville de la Sarthe, chez le coiffeur demamère parce qu’il fallait bien travailler », raconte-t-il avec simplicité. Son père le pousse à aller à Paris, capitale de lamode. « C’est lemeilleur conseil qu’on ait pu me donner », reconnaît-il. Là, c’est le déclic : il rencontre d’autres professionnels, auxquels il se mesure dans des concours, il prend goût à la compétition et décroche les prix de meilleur coiffeur de France, puis de champion dumonde de la coupe-brushing.

Premier salon, premières innovations En 1975, il ouvre, avec l’aide financière de la famille, son premier salon à Saint-Germain- en-Laye. Toutefois, son concept le distingue des autres coiffeurs : le salon est ouvert non-stop toute la journée et sans rendez-vous. Succès rapide, qui l’incite à se rapprocher du coeur de la mode en ouvrant un second salon à deux pas des Champs-Elysées, avenue Franklin-Roosevelt. Homme de contact instinctivement à l’aise avec les médias, il s’introduit sur les plateaux télé et devient le coiffeur des stars.

Parmi ses clients vedettes, Jean- Pierre Foucault et les invités de son émission Sacrée Soirée, Tina Turner, Sharon Stone, Romy Schneider et, plus récemment, les candidats de la Star Ac’. Cette notoriété lui permet d’ouvrir une vingtaine de salons en dix ans, des succursales dont il détient 51 % du capital, en association avec ses premiers collaborateurs, avec lesquels il forme « une quasi-famille, un clan ».

L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais Franck Provost n’est pas seulement un coiffeur créatif qui se satisfait de cette réussite. Il est piqué par le virus du challenge. Il explique : « J’ai réalisé à ce moment-là que jeme faisais distancer par mes concurrents –Dessange and co. –, qui avaient déjà ouvert plus de 200 salons dans tout l’Hexagone.Moi, je voulais créer mon académie de coiffure et imposer la marque Franck Provost. Pour cela, il fallait passer à la vitesse supérieure. » En1995, il embauche un directeur du développement et un directeur financier, avec esquels il forme toujours le triumvirat à la tête du groupe Provost. Une équipe gagnante puisque, en dix ans, il naît plus de 500 franchises !

La déferlante Provost se propage, 22 pays sont conquis par le groupe familial. Pour répondre à l’appétit des franchisés qui souhaitent toucher tous les segments dumarché, il lance l’enseigne Fabio Salsa, de 20 à 30 %moins chère. Pour accélérer le développement du groupe, il rachète de petites enseignes comme La Coifferie en 2000, le groupe coté en Bourse Jean Claude Aubry en 2002, Espace coiffure en 2003, Elexia en 2006. Insatiable ? Non, plein de projets. « Un chef d’entreprise doit anticiper tout le temps », tout en étant prudent. Ainsi, Franck Provost ne met pas tous ses oeufs dans le même panier : contrairement à ses concurrents, qui ne se développent que par franchises, il continue à ouvrir des salons en propre, dans la proportion d’un quart sur le total des salons. Pour montrer (à ses franchisés) qu’il mouille lui-même sa chemise et… aussi pour se constituer un patrimoine solide.

 
 
 
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